Marine

8 février 2017 | ANAJ-IHEDN

Publication – Journal de bord d’un embarquement réussi !

Le Comité Marine de l’ANAJ-IHEDN vous propose son Journal de bord suite à l’embarquement sur le Bâtiment de projection et de commandement Tonnerre !

Le Comité Marine de l’ANAJ-IHEDN, grâce à l’organisation du Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) et au partenariat récemment conclu avec cet organisme, a participé à un embarquement de cinq jours fin septembre 2016 sur le Bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre. Dix membres de l’ANAJ-IHEDN ont ainsi eu la chance d’embarquer sur ce bâtiment de la Marine nationale.

« Mis en service en août 2007, le Tonnerre est le deuxième BPC de la classe Mistral. Comme son appellation le précise, le BPC est avant tout un bâtiment de projection de forces. Doté d’un radier lui permettant d’accueillir jusqu’à 4 Chalands de Transport de Matériel (CTM), son action vise à acheminer combattants et matériels de la mer vers la terre. Ses caractéristiques amphibies lui procurent une capacité d’emport de 2 650 m² pour les véhicules et le fret d’un maximum de 700 soldats. Son pont d’envol et son hangar d’aviation font de lui un porte-hélicoptères d’assaut capable d’embarquer 16 hélicoptères. Enfin son hôpital de 750 m² finit de caractériser la mission de projection du Tonnerre.

Le Tonnerre est également un bâtiment de commandement. Doté de 850 m² de locaux modulaires et préconnectés, il est capable d’embarquer un état-major de 200 personnes disposant de conditions de travail similaires à celle d’un poste de commandement à terre. Ainsi le Tonnerre est un bâtiment ayant vocation à rester en retrait sur les théâtres d’opérations. Ses missions de projection et commandement allant de pair avec son relatif armement et ses normes civiles caractérisant le confort du bâtiment[1]. »

 

Photo 1 : Emblème du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre Ⓒ Alexandre BARRAT

Inspiré par l’histoire des unités ayant porté son nom, l’insigne du Tonnerre est soutenu par un cordage pour signifier son appartenance à l’élément maritime.

Le dragon rappelle l’Indochine, dernier théâtre d’opération sur lequel le chaland cuirassé Tonnerre a évolué entre 1952 et 1955 au sein de la flottille fluviale des Troupes Françaises d’Extrême-Orient créée par le commandant Jaubert en 1944. Il incarne également la mission de projection, pour laquelle le Tonnerre d’aujourd’hui a été conçu.

La grenade, d’où partent des éclairs, symbolise la détonation que produit un coup de tonnerre et reprend la symbolique de la proue du vaisseau de 74 canons Tonnerre, vaisseau qui combattit la flotte anglaise entre 1794 et 1809. Elle évoque également les troupes d’infanterie avec lesquelles le Tonnerre est déployé lors de ses missions.

Les éclairs évoquent les transmissions dont le BPC Tonnerre est puissamment doté afin de remplir sa mission de commandement de force à la mer.

Photo 2 : Photo de groupe sur le pont d’envol du BPC Tonnerre Ⓒ Alexandre BARRAT

Le 27 septembre dernier, nous étions 10 ANAJjiens à rejoindre Toulon pour embarquer à bord du Tonnerre. Le BPC faisait escale à Lisbonne pour accueillir à son bord un état-major OTAN commandé pour la première fois par un amiral étranger. Il devait ensuite rejoindre le large de l’Écosse pour participer à un exercice OTAN permettant à l’état-major Naval Striking and Support Force (STRIKFORNATO) de faire certifier sa capacité à commander la composante maritime de la Force de Réaction de l’OTAN. Ainsi, c’est dans une navigation de transit entre Toulon et Lisbonne que nous avons pu nous immerger dans la peau de marin, témoins du fonctionnement d’un grand bâtiment militaire.

Vers 16 heures, entre le Surcouf (Frégate Légère Furtive) et le Forbin (Frégate de Défense Aérienne), le Tonnerre appareille doucement. Nous assistons à la manœuvre depuis la passerelle de défense à vue, accès le plus haut du bâtiment. Le bateau met en marche ses deux moteurs électriques de près de 20 000 chevaux et s’écarte du quai et nous partons !

Pour sa mission, le Tonnerre aura besoin de deux chalands de transport de matériel, plus communément appelés « chalands de débarquement ». Le BPC s’immobilise dans la rade de Toulon. Deux CTM sont en attente. Nous descendons alors dans le radier à l’arrière du bâtiment, l’eau commence à monter. Un officier marinier nous explique la manœuvre : « Les ballasts se remplissent d’eau de manière à enfoncer le bâtiment. L’objectif est d’inonder le radier pour créer un port intérieur et accueillir les CTM  ». Lentement et tour à tour, les CTM rentrent dans le Tonnerre. Une fois les deux bateaux amarrés, le déballastage commence, le bâtiment remonte, le radier s’assèche et les CTM s’échouent. La manœuvre est terminée.

Photo 3 : Vue du radier asséché à l’intérieur du BPC, contenant deux Chalands de Transport de Matériel (CTM) Ⓒ Alexandre BARRAT

Le radier du BPC est l’élément amphibie du bâtiment. Il permet la projection de forces depuis la mer sur de multiples théâtres d’opérations. La projection de forces est également l’œuvre de l’aviation embarquée. Une visite du hangar aviation illustre bien l’immense capacité d’accueil du BPC : 16 hélicoptères peuvent être embarqués. Deux plateformes élévatrices permettent d’acheminer ces derniers du hangar aviation jusqu’au pont d’envol. L’hélicoptère se place ensuite sur un des 6 spots marqués au sol avant d’attendre l’autorisation de la passerelle aviation pour décoller. Le soir, nous assistons de nuit à des manœuvres d’hélicoptères Puma sur le pont d’envol. Ces manœuvres, des Touch & Go, visent à certifier les brevets de pilotage. En passerelle aviation, aucune lumière ne doit perturber les pilotes. Dans le noir complet, nous observons silencieusement les appontages et décollages des hélicoptères et écoutons les échanges radiophoniques des pilotes avec la passerelle. A l’issue de l’exercice, nous regagnons le carré des officiers subalternes dans lequel nous avons été reçus lors de notre embarquement.

Le carré est la pièce commune qui sert de lieu de détente aux marins. Un long bar en occupe une des extrémités. Les officiers du carré ne se servent que très peu du bar, si ce n’est le jeudi, jour festif de la semaine, et les veilles d’escale. Une bibliothèque chargée de bandes dessinées, de livres sur l’histoire de la Marine nationale et de revues de défense couvre tout un pan de mur. Une télévision occupe une autre partie de la pièce et des canapés entourent une table basse sur laquelle échecs et tarot prennent place successivement. Le carré est un lieu ancré dans les traditions. Le président du carré (l’officier le plus ancien ou le plus âgé du carré) chargé de son bon fonctionnement y possède son fauteuil et le midship (l’officier le plus jeune à bord) est responsable de son animation. Certains sujets de conversation comme la religion ou la politique sont prohibés. Nous autres, ANAJiens, découvrons progressivement ces usages.

C’est généralement avant et après les repas que les marins se retrouvent au carré, leur salle à manger se situant dans la prolongation. Les repas sont des moments de convivialité faisant la part belle aux traditions de la Royale. Les officiers bénéficient d’un service à l’assiette et entourent sur une large table ovale le président et le vice-président du carré. Le confort du BPC se ressent et s’apprécie particulièrement lorsque l’eau du verre posé sur la table peine à esquisser une légère ondulation. Le service est rapide et chacun s’empresse de boire un café avant de retourner travailler. Ayant eu l’opportunité de prendre nos repas dans différents carrés, nous avons été marqués par les différentes ambiances qui caractérisaient chacun d’eux.

A bord, la vie des marins est rythmée par des exercices quotidiens pour maintenir le niveau d’entraînement des marins et les roder aux procédures d’urgence en cas d’incident à bord. L’alerte incendie, la manœuvre d’homme à la mer à l’aide d’un mannequin (Oscar), l’avarie de barre et la panne moteur sont les plus récurrents. Nous fûmes tous surpris en traversant une coursive de croiser un groupe d’hommes en tenue ignifugée qui déroulaient des lances à incendie d’un bout à l’autre de la coursive. « Le feu est la plus grande peur du marin » nous explique le commandant du Tonnerre, le capitaine de vaisseau Laurent Sudrat. Dès lors, chaque marin est un pompier et doit en permanence avoir sur lui la tenue de protection minimale contre le feu en banane. Lors de ces exercices, la passerelle est chargée de communiquer sur le déroulé de l’exercice. Les marins, en exercice ou pas, sont informés des manœuvres du bâtiment par diffusion. En exercice, les diffusions se veulent plus recentrées sur la résolution de l’incident à bord.

Un après-midi, une séance de tir à l’arme de poing (Heckler & Koch) est organisée depuis l’arrière du BPC. Les fusiliers marins encadrent l’entraînement et veillent au respect des consignes de sécurité.

Photo 4 : Séance d’entraînement au tir pour les marins du BPC Tonnerre Ⓒ Alexandre BARRAT

Chaque membre d’équipage participe à une ou deux séances de tir par an. Cela fait partie intégrante du maintien en conditions opérationnelles du personnel du bord. Après la séance, les marins retournent à leur poste de travail ou participent à une séance de sport organisée par un moniteur ou en autonomie dans la salle de sport. Tout militaire a pour consigne de se maintenir en bonne condition physique. Lorsque les conditions météorologiques le permettent, la passerelle autorise l’accès au pont d’envol pour que les marins puissent prendre l’air ou faire leur jogging. Cette séance coïncide souvent avec les horaires d’ouverture de la coopérative du bord où sont vendus cigarettes, alimentation, vêtements, etc. en notant que les marchandises sont détaxées en mer.

Tous les soirs vers 18 heures, tous les officiers du bord ainsi que quelques officiers mariniers sont invités à venir écouter le briefing. Plusieurs points sont abordés successivement dans un premier temps : les prévisions météo, le personnel à bord, la logistique, la situation maritime avec l’activité des navires environnants, et la route du bâtiment. Puis, dans un deuxième temps, des considérations plus stratégiques sont abordées. On nous demande alors de sortir.

Le soir, il nous est proposé de venir par binôme en passerelle navigation pour observer un quart de nuit. La nuit, la passerelle navigation est plongée dans le noir. Aucune lumière ne doit perturber la visibilité du chef de quart et du barreur. A notre surprise, le bâtiment n’est pas guidé au GPS. Un matelot se trouve derrière une petite barre à roue en bois et suit les caps donnés par le chef de quart. Le commandant nous explique que c’est la vision de la Marine nationale : un homme à la barre en permanence. L’électronique ne se substituera jamais complètement à l’humain. Une carte marine sur laquelle se trouvent règle Cras et compas à pointes sèches est dépliée sur une large table à cartes. En cas de panne électronique, la conduite de la navigation doit pouvoir continuer normalement. Un sextant est même entreposé dans un casier. Les timoniers suivent la navigation sur les cartes papier et mettent à jour leurs cartes au fur et à mesure.

Nous remercions vivement le CESM pour l’organisation de l’embarquement et en particulier notre chef de groupe, l’aspirant Claire Traverse, dont le professionnalisme a permis que l’embarquement soit très riche en activités et inoubliable, ainsi que le capitaine de vaisseau Laurent Sudrat, commandant du Tonnerre, pour son accueil et sa disponibilité à bord.

Alexandre BARRAT – 93e Séminaire jeunes (Ile de France, 2016)
Pierre COLSON – 8e Séminaire Grandes écoles (Paris, 2014)
Diane ROY – 70e Séminaire jeunes (Annecy, 2011)
Membres du Comité Marine de l’ANAJ-IHEDN

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[1] Marine nationale.

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